Le cancer laisse-t-il une odeur ?
Pas une odeur perceptible par l’être humain. Mais notre organisme libère de nombreux composés organiques volatils, ou COV, notamment dans l’haleine, la sueur ou les urines. Certaines maladies, dont certains cancers, peuvent être associées à des modifications de cette signature chimique. Une tumeur pourrait ainsi laisser une sorte d’empreinte odorante, indétectable pour notre nez mais potentiellement accessible à celui, beaucoup plus sensible, d’un chien. Et certains ont justement été entraînés pour la rechercher.
Une compresse, deux chiens… et une étude clinique
En France, l’Institut Curie travaille depuis 2016 sur cette piste avec le programme KDOG, consacré au cancer du sein. Le principe est étonnamment simple : les participantes portent pendant 6 à 12 heures une compresse sur leur sein afin d’y recueillir leur transpiration. Les échantillons sont ensuite présentés à des chiens spécialement entraînés. Les résultats de l’étude clinique KDOG1, publiés en novembre 2025 portent sur 181 femmes présentant une lésion mammaire suspecte nécessitant une biopsie. Deux chiens ont participé à l’étude : Nougaro, Labrador Retriever, et Owen, Berger belge Malinois. 80 % des échantillons positifs ont été identifiés par au moins un des deux chiens. Mais seulement 49 % l’ont été par les deux, illustrant les limites de la méthode et la variabilité des réponses. Autrement dit, pas question de remplacer la mammographie par une truffe. Mais ces travaux apportent à la recherche une information précieuse.
Ce que le chien sent pourrait intéresser la médecine de demain
Car la véritable question est désormais : qu’est-ce que le chien détecte exactement ? Les chercheurs tentent d’identifier les composés organiques volatils associés au cancer et perçus par les chiens. S’ils y parviennent, ces connaissances pourraient contribuer au développement de « nez électroniques », capables de détecter cette signature avec un niveau de précision suffisant pour le dépistage. Le chien n’est donc pas, en l’état, un outil de dépistage. Mais son flair pourrait aider les scientifiques à concevoir un nouvel outil de détection.
Et il n’est pas le seul animal à avoir du flair
Plus inattendu encore : les scientifiques se sont aussi intéressés… aux fourmis. Des chercheurs du CNRS, de l’Institut Curie et de l’Inserm, ont montré que des fourmis de l’espèce Formica fusca étaient capables d’apprendre à distinguer l’odeur de cellules cancéreuses de celle de cellules saines. D’autres travaux expérimentaux ont montré qu’elles pouvaient également différencier l’urine de souris porteuses de tumeurs humaines de celle de souris saines. Des résultats étonnants, mais qui restent à ce stade des pistes de recherche et non des méthodes de diagnostic.
Une piste de recherche, pas une alternative au dépistage
En France, le dépistage organisé du cancer du sein repose toujours sur une mammographie tous les deux ans pour les femmes de 50 à 74 ans. En 2025, seules 47,5 % des femmes concernées ont participé au programme national, selon Santé publique France. Les recherches autour des odeurs ne remplacent donc évidemment pas les méthodes actuelles. Elles explorent une autre voie : celle d’outils qui pourraient un jour être simples, non invasifs et plus facilement accessibles.
À l’occasion d’Octobre Rose, Agria a choisi de mettre en lumière ces recherches qui racontent aussi une facette moins connue de la relation entre l’être humain et l’animal : observer et comprendre les capacités exceptionnelles des animaux peut parfois aider la science à imaginer les technologies de demain.